lundi 12 novembre 2018

La fille hérisson de Jonas T. Bengtsson - Editions Denoël

*** Chronique by Aurélie ***

4ème de couverture
Suz a 19 ans, et pourtant on lui donnerait 12 en la croisant dans la rue, au pied de sa cité. Son allure chétive a bien quelques avantages : elle peut aller dealer dans la cour du collège du coin sans attirer l'attention, par exemple. Mais pour Suz et pour les projets qu'elle nourrit, c'est surtout un inconvénient, le temps est suspendu depuis trop longtemps pour elle et sa famille : elle ne grandit pas, son frère ne sort pas du coma, et son père reste dans la prison où l'a envoyé le meurtre de sa femme. Pourtant ce moment approche, et Suz se prépare, physiquement et mentalement, à faire ce qu'il faudra. Car Suz navigue parfaitement dans ce milieu interlope et familier pour se rapprocher toujours plus de son but : devenir une tueuse.


Mon avis

Je remercie les éditions Denoël pour cette lecture.

Suz est une jeune fille de 19 ans qui en paraît 12. Après le drame familial qu'elle a vécu, elle essaye de survivre seule au sein de la cité où elle est née. Son frère (militaire) est à l'hôpital entre la vie et la mort car il s'est pris une grenade, et son père est en prison car il aurait tué sa femme, la mère de Suz. 

La vie de Suz bascule lorsqu'elle apprend que son père a demandé une libération conditionnelle pour comportement exemplaire. Son père ? Exemplaire ? Pfffff, Suz n'y croit pas un instant. Elle ne va cesser de "s'entraîner à devenir une tueuse", et s'endurcir mentalement mais physiquement aussi. Nous allons suivre son quotidien au travers de différents défis qu'elle s'impose tous les jours. Mais ce n'est pas tout, Suz est un poids plume, alors elle fait une fixette sur son poids pour grossir à tout prix. Vous devez aussi savoir une chose, Suz est accro au hasch.

"La fille hérisson" porte bien son nom, car Suz est l'élément principal (et le seul) de ce livre. Suz est comparée à un hérisson et par certains aspects, ils se ressemblent bien. Le hérisson est solitaire aux poils dur, hérissés et piquants. C'est une description qui colle en tous points à Suz, qui est très seule et qui a un caractère assez "piquant" et provocateur. 

Je ressors de cette lecture avec un avis mitigé, peut-être dû à cette ambiance froide et singulière. Cette lecture est loin d'être un fleuve tranquille. Elle est dure et sans concessions, mais reflète la réalité du quotidien des cités et des drames qui peuvent s'y passer. Car malgré ce "je ne sais quoi" qui m'a gênée, je n'ai pu m'empêcher de tourner les pages pour savoir ce qui allait arriver à Suz, si son père, "cette personne qu'elle qualifie d'inhumaine", allait être libéré, si elle allait réussir à atteindre ses objectifs dont celui de le tuer... 

# By Aurélie :) 

Interview Mattias Köping



INTERVIEW Mattias Köping


Suite à la sortie du Manufacturier j'ai eu envie d'interviewer Mattias afin d'en savoir un peu plus sur lui et sur sa façon d'écrire. Il a gentiment accepté de se prêter au jeu des questions - réponses ;-)







1. Qu'est-ce qui t'a donné l'envie d'écrire ?


Pour être franc, je n’en sais rien. J’ai un rapport étrange à l’écriture. Parfois, j’ai envie d’écrire. D’autres fois, écrire ne me manque pas du tout. Je crois que je m’intéresse à tout un tas de sujets et que cela finit par faire un trop-plein dont je fais des histoires.


2. Qui sont les auteurs qui t'inspirent ?


Il y en a tellement que j’admire ! Mais je remarque que je me souviens plus des récits sombres et / ou déjantés que des récits joyeux. En voilà quelques-uns : Palaniuk, Ellroy, Céline, Cormac Mac Carthy, Banks, Orwell, Houellebecq…Je lis de tout, vraiment de tout, et autant de classiques que de romans contemporains.


3. Où trouves-tu l'inspiration ?


Partout. Tout m’intéresse a priori. On peut écrire une bonne histoire avec un tout petit bout de ficelle. C’est d’ailleurs comme ça que j’écris la plupart du temps : j’ai une scène unique. Je pars de cela et j’avance. Par exemple, pour Les Démoniaques, tout est parti de la scène du viol du livre. Je ne sais jamais où je vais avant de commencer. Je ne connais jamais la fin de mon histoire. L’histoire se construit au fur et à mesure et je la restructure parfois entièrement une fois que je sais où je vais.


4. Pourquoi écrire des romans aussi sombres et violents ?

Je suis joyeux au quotidien. J’adore rire et plaisanter. Cela ne m’empêche pas d’être un pessimiste convaincu : l’humanité est incapable de se réformer. La bête est là, toujours, partout. Les pulsions et les appétits sont au cœur de l’homme. On n’apprend jamais rien. On espère que les tragédies passées sont capables de nous enseigner quelque chose, mais je suis absolument persuadé du contraire, radicalement. Les monstruosités humaines sont sans fin. Je rends au monde la monnaie de sa pièce, avec rage.


5. Est-ce que tu as commencé à écrire le suivant ? J'avais la sensation que la fin du Manufacturier était ouverte, une suite prévue ?


Je réfléchis. J’ai une scène qui m’intéresse et qui pourrait faire un bon point de départ. Pour la fin du Manufacturier, il est vrai qu’elle est ouverte, mais c’est plus pour accentuer l’idée que la haine ne s’arrête jamais.


6. Une anecdote à nous raconter ?


Oui. À un certain stade de mes recherches pour le Manufacturier, il a fallu que je m’arrête, car j’avais vraiment le moral en berne. Avec l’horreur des hommes, il ne semble jamais y avoir de limites…





Retrouvez mes chroniques :

Les démoniaques

Le manufacturier






samedi 10 novembre 2018

Clivage de Jean Dardi - Editions Terra Nova

**** Chronique de Jess ****

Des victimes poignardées et émasculées... Les meurtres qui se succèdent dans Paris sont monstrueux, totalement hors normes. Un tueur se déchaîne et chaque nouvelle scène de crime reflète une brutalité qui va crescendo. Pour le commissaire Dell'Orso, ces crimes évoquent des rituels barbares, actes d'un tueur incapable de maîtriser une rage trop longtemps contenue. Quand Dell'Orso découvre que toutes les victimes étaient des brutes ou des violeurs, il comprend que le meurtrier agit par vengeance. Pour faire cesser les meurtres, l'enquêteur n'a pas d'autre choix que de plonger dans l'esprit dérangé du tueur. Il ignore encore qu'il embarque pour un long et terrifiant périple aux frontières de la folie. Un voyage dont personne ne peut sortir indemne... Dans les profondeurs de son âme se dissimule une noirceur sauvage.


Nouvelle enquête pour Giovanni Dell'Orso qui commençait sérieusement à déprimer faute de serial killer à se mettre sous la dent. Mais lorsqu'un homme est retrouvé poignardé de 67 coups de couteau et émasculé dans un wagon de la SNCF il va rapidement se remettre sur pied. Il semblerait que le bonhomme avant de se faire trucider ait participé à une tournante avec trois de ses potes. Mais impossible de mettre la main sur la victime et autre chose a disparu : les parties génitales de l'individu. Le début d'une série meurtrière va commencer
Mais à part l'ADN du meurtrier, il n'y aura rien qui permettra à l'équipe d'arrêter le ou les coupables.

Dès le début, j'ai eu le sentiment que j'avais compris qui était le coupable dans cette affaire. Mais curieusement j'ai quand même été happée par l'histoire pour savoir où ça allait nous mener. Je l'ai donc lu comme un polar où l'on connaît d'entrée de jeu le meurtrier et dont l'histoire se concentre sur la traque des policiers pour le retrouver et mettre un terme à son itinéraire macabre.

Petite incohérence par contre sur la recherche de la victime du viol, les enquêteurs auraient pu savoir qui elle était et l'interroger rapidement.
Tentative de retournement de situation pour nous faire croire qu'on se trompe mais on ne me la fait pas à moi ;-)
Tous les personnages qu'ils soient principales ou secondaires sont très bien fouillés.
J'adore le personnage de Giovanni et de Pochet. Les dialogues sont parfois très imagés en accent et parfois tordant de rire. Pochet ce gros nounours qui n'en mène pas large face à la sexy Julie.
J'ai vraiment un petit faible pour Dell'Orso qui malgré son état dépressif est attachant. Il est loyal envers son équipe qu'il considère comme une famille. D'ailleurs il a le respect de la plupart de ses collaborateurs.
Le personnage d'Eve est aussi très bien travaillée. Personnage atypique et particulier que l'on sent fragile dès le début et très manipulable. Tout le côté psychologique de ce polar m'a énormément plu.
Et de vouloir savoir comment l'équipe allait mettre la main sur le coupable m'a tenu en haleine.

Un peu de longueurs parfois dans les descriptions mais le style de l'auteur est toujours très agréable à lire. Pas mal d'humour ponctue l'histoire parfois glauque. J'ai souvent souri voir rigolé en lisant certaines scènes.
Pour finir j'avais bien tout le scénario dès le début mais ça ne m'a pas empêché de passer un très bon moment de lecture.

Je remercie les Editions City pour cette lecture.

 
Autres chroniques :



vendredi 9 novembre 2018

Passager 23 de Sebastian Fitzek - Editions Archipel

*** Chronique by Aurélie ***


4ème de couverture
Imaginez un lieu isolé.
Un lieu où disparaissent, année après année, des dizaines de personnes…
Sans laisser de trace.
Un lieu rêvé pour des crimes parfaits.
Bienvenue à bord.
La croisière ne fait que commencer…


Mon avis

Je remercie les éditions Archipel pour cette lecture.

Martin Schwartz est un flic au bord de la rupture. Les "missions suicide" sont son quotidien car il n'a plus rien à perdre. Cinq ans auparavant, il a perdu sa femme et son fils Timmy lors d'une croisière à bord du Sultan des Mers. Martin vient de terminer une mission lorsque Gerlinde Dobkowitz, une vieille dame d'un certain âge à l'humour mordant le contacte afin de l'amener sur le Sultan, paquebot du drame familial. Elle veut lui faire part de ses découvertes dont la réapparition d'Anouk qui n'est autre  qu'une passager 23. Mais Anouk ne resurgit pas seule, elle a en sa possession le doudou de Timmy. Quel est le lien entre Anouk et Timmy ? Est-il toujours en vie ? D'autre part, où est passé Naomi (la maman d'Anouk) et surtout où était caché Anouk pendant ces huit longues semaines ? 
Martin va mener son enquête en tentant de faire parler Anouk. 
En parallèle, Julia Stiller et sa fille entament une croisière sur le Sultan. Tout se passe bien jusqu'à la disparition de Lisa... Une histoire de passager 23 qui risque de se renouveler à nouveau... 

J'ai connu Sebastian Fitzek avec "Thérapie" que j'avais adoré ! C'est donc avec le souvenir d'un bon moment  de lecture que je me suis laissée embarquer dans ce dernier opus. 

"Passager 23" se lit d'une traite. Je l'ai littéralement bouffé ! Ce thriller en huis clos est tout simplement plus qu'addictif. Il y a beaucoup de personnages, mais c'est surtout le personnage de Martin qui est mis en avant. Ce personnage est superbement travaillé autant sur le plan psychologique, que sur l'aspect physique qu'on imagine sans mal. Les émotions de Martin font parties intégrantes de l'intrigue. Martin est un personnage à fleur de peau, usé, au bout du rouleau. 

Sebastian Fitzek nous plonge dans une enquête dense avec beaucoup d'informations. L'enquête s'avère complexe mais très bien ficelée. Tous les éléments d'un page-turner sont de la partie : style fluide, chapitres courts,... J'ai été entraîné à la suite de Martin, j'ai couru les coursives, j'ai arpenté les différents ponts, je suis descendu dans les coins les plus obscurs de ce paquebot. Cependant, toutes ces actions ne m'ont pas empêché de sentir la lourde solitude et le deuil de Martin. L'auteur ne nous laisse aucun répit. Il nous fait réfléchir, nous lance sur de fausses pistes pour encore mieux se jouer de nous.  Et que dire de la fin ? J'ai été estomaquée quand le voile a été levé car je n'ai rien vu venir que ce soit sur le mobile ou sur l'identité du "vrai" coupable. C'est donc pour moi une très belle réussite.

Vous l'aurez compris, j'ai été transportée tout au long de cette croisière, un huis clos vertigineux qui aborde de nombreuses thématiques dont une tabou. Cette thématique est à vomir. C'est malsain au possible. J'ai eu envie d'hurler ma haine contre tant de cruauté. Pour ma part, c'est inimaginable. Cela m'a révolté !

Néanmoins, j'ai un petit bémol concernant la justification du prologue. Quelle était son utilité ?

Je ne peux que vous conseiller cette lecture (très addictive), mais attention ce sera à vos risques et périls, car si vous pensiez entreprendre une croisière paisible, vous vous trompez lourdement. Alors, faites attention car vous risquez peut-être de passer par-dessus bord ;) 

# By Aurélie :)

mardi 6 novembre 2018

La reine des quiches de Sophie De Villenoisy - Editions Denoël

**** Chronique de Jess ****



À quarante et un ans, Murielle collectionne les échecs, comme si une vilaine fée prenait un malin plaisir à la persécuter. Après autant de fausses couches que de manuscrits refusés, elle s'est résignée à ne donner vie qu'à des articles sur les vermifuges dans la rubrique animalière d'un journal télé.
Jusqu'au jour où un éditeur l'appelle, son dernier roman, Ceci est mon corps, l’'a fasciné, il veut absolument le publier. Murielle n'en revient pas, son roman-confession sur sa propre stérilité va lui apporter la reconnaissance dont elle a toujours rêvé! Mais ce succès littéraire pourrait aussi avoir des conséquences inattendues sur sa vie et son entourage….



J'ai connu la pétillante Sophie De Villenoisy grâce à son roman Question de standing il y quasiment deux ans (retrouvez mes chroniques en fin d'article). J'ai tout de suite accroché avec sa plume et ses drôles d'histoires qui mettent en scène des femmes dans la quarantaine avec leurs problèmes et leurs petits défauts. Il me tardait donc de lire un nouveau roman de l'auteure.

Murielle, bientôt 42 ans n'aime pas trop sa vie. Elle voulait être journaliste et se retrouve à être rédactrice de la rubrique "animaux" dans un magazine TV. Elle a toujours voulu être mère et après 7 fausses couches à renoncer à l'idée de fonder sa propre famille. Sa mère ne lui a jamais adressé le moindre signe d'affection, préférant sa sœur cadette. Murielle a toujours rêvé d'être écrivain et qu'un de ses manuscrits soient publiés mais les lettres de refus des maisons d'édition s'accumulent. Et pour couronner le tout, sa sœur parfaite mène une vie de rêve avec ses trois beaux garçons. Le seul point positif de sa vie est son époux qui est toujours présent pour lui remonter le moral. 
Mais un matin, elle reçoit un appel des Editions Gallimard qui veulent publier son manuscrit Ceci est mon corps, un livre qu'elle a écrit avec ses tripes, une autobiographie un peu fantasmée qu'elle ne pensait jamais voir publiée. La vie de Murielle va donc être chamboulée du jour au lendemain. Elle qui était transparente la plupart du temps va se retrouver dans les Spotlight et ça ne va pas beaucoup lui plaire. 

Sophie nous offre encore une fois une histoire sympathique qui se lit d'une traite. J'ai eu du mal à comprendre le comportement de Murielle. J'ai eu parfois envie de lui mettre des baffes et de la secouer. J'avais un peu la même attitude que son mari, elle m'agaçait pour ensuite m'attendrir. Les femmes sont encore à l'honneur dans ce roman. L'auteure va traiter des sujets qui importent aux femmes à savoir, être ou ne pas être mère, la stérilisation, le viol, les secrets de famille, et comment être une bonne mère aux yeux des autres et comment réussir à accéder à ses rêves. Donc malgré un roman "feel good" il y a quand même une réflexion derrière la situation de Murielle et des autres protagonistes de l'histoire. 
Cathy, la sœur de Murielle m'a passablement énervé aussi à vouloir jouer la mère parfaite alors que quand on creuse et qu'on regarde derrière les meubles sa vie n'est pas si parfaite que ça.
Jérôme, le mari de Murielle m'a particulièrement plu. Cet homme toujours là pour sa femme dans n'importe quelles circonstances, toujours prêt à l'épauler malgré ses crises. Lui aussi a des rêves de gloire et lui aussi souhaite être père. 

J'ai passé un excellent moment avec cette lecture. J'ai ri parfois en lisant certaines scènes. J'ai eu les larmes aux yeux lors d'un autre passage où l'on comprend enfin le mal être de Murielle. Le style est toujours fluide et se lit tout seul ou presque. Je dirais que le seul bémol est la taille du livre car il se lit trop vite ! 
J'avais besoin d'une lecture légère et sans prise de tête suite à ma lecture précédente et ce livre a rempli son office. C'est toujours un plaisir de lire un livre de Sophie De Villenoisy. 


Mes autres chroniques :



lundi 5 novembre 2018

Le manufacturier de Mattias Köping - Editions Ring

**** Chronique de Jess ****

Le 19 novembre 1991, une poignée de paramilitaires serbes massacrent une famille à Erdut, un village de Croatie. Laissé pour mort, un garçonnet échappe aux griffes des tortionnaires, les Lions de Serbie. Un quart-de-siècle plus tard, l'avocate Irena Ilić tente de remonter la piste jusqu'à la tête du commando, le sinistre Dragoljub.

Le 1er avril 2017, les cadavres d'une femme et de son bébé sont retrouvés dans la banlieue du Havre, atrocement mutilés. Niché dans le dark Web, un inconnu sous pseudonyme revendique le double meurtre et propose les vidéos de ses crimes à la vente sur son site Internet... Depuis quand sévit-il ? Prêt à transgresser la loi, le capitaine de police Vladimir Radiche s'empare de l'affaire qui sème la panique sur le pays, au risque de voir l'inimaginable s'en échapper.

Les deux investigations vont se percuter avec une violence inouïe. L'avocate et le flic ont des intérêts divergents et sont prêts à se livrer une guerre sans merci. Emportés dans l'abîme du terrifiant conflit yougoslave, les enquêteurs évoluent dans un vertige noir, gangrené par la violence et la corruption, où les plus pourris ne sont peut-être pas ceux que l'on croit. Crimes contre l'humanité, meurtres en série, fanatismes religieux, trafics entre mafias sans scrupules, l'étau se resserre au fil des chapitres. Les égouts de l'Histoire finiront par déborder, et vomir des monstres trop vite oubliés.

N'ayez pas peur.

Oui, il y a tout cela dans Le Manufacturier. Non, il n'y a pas d'autre issue.



J'ai découvert Mattias Köping avec son premier thriller Les Démoniaques (mon avis ici) qui avait été une sacrée découverte et un énorme coup de cœur. J'attendais donc avec impatience son nouveau livre pour voir à quelle sauce il allait nous manger, nous pauvres lecteurs. 
Dans Les Démoniaques les ingrédients étaient drogue, esclavage sexuel, meurtres, corruption, pédophilie et toute la pourriture humaine que l'on peut rencontrer dans ces domaines. Ici Mattias reprend quelques ingrédients qui ont fonctionné et en a rajouté d'autres : mafia, prostitution, pédophilie, tortures et crimes de guerre.

Milovan a quitté son pays la Croatie à l'âge de 10 ans suite au massacre de sa famille. Laissé pour mort, à moitié égorgé, il a rejoint la France pour vivre chez un oncle éloigné de la famille, Boris. Ce dernier l'a adopté et en a fait son fils. Un jour, il voit dans une émission, une avocate serbe qui enquête sur les criminels de guerre des pays de l'Est. Elle fait tout pour mettre derrière les barreaux des miliciens qui ont massacré les populations. Malgré son dégoût et sa xénophobie envers les serbes Milovan va la contacter pour qu'elle retrouve le bourreau qui a exterminé sa famille.

D'un autre côté, une équipe des stups sous le contrôle du capitaine Latrigan et une équipe de la judiciaire sous les ordres du capitaine Radiche, dit Zéro, veulent démanteler un parrain de la drogue dans la cité de la Vallée Verte au Havre. Radiche est un flic borderline, détesté de tous ses collègues. Il n'hésite pas à enfreindre la loi pour mettre derrière les barreaux les pires saloperies. Et des saloperies il s'en passe : traites humaines, proxénétisme, deals de drogues, un vrai business !
Et entre les chapitres, nous rencontrons Vivardoux, un geek qui surf sur le darknet et qui est accro aux snuff movies et autres merdes dégueulasses que l'on trouve dans les fins fonds du web. Il va régulièrement sur le site du Manufacturier où il trouve son bonheur. Mais le Manufacturier a l'air d'avoir un but en tuant et mettant en ligne ses crimes. Lequel? Quel est le lien entre le Manufacturier et l'enquête au Havre? 

Dès les premières lignes je retrouve mes addictions au style de Mattias Köping. C'est bien un des rares auteurs qui avec un livre à son actif m'a rendu accro. Style percutant, en osmose avec l'histoire, c'est brut de décoffrage, c'est crade, ça fait flipper tellement ce qu'il nous raconte est vrai et sonne vrai. Je ne sais pas où il va chercher tout ça mais en tout cas ça fonctionne! 

Je n'étais pas du tout familière avec les différentes guerres qu'il y a eu dans les pays de l'Est. Cette partie de l'Histoire est vraiment passionnante mais en même temps horrible. Je connaissais la Seconde guerre mondiale côté Allemagne et France, mais pas du tout le rôle de la Croatie ni de la Serbie à cette période. Et dans les atrocités ils ont aussi fait très fort! 
Le travail de recherches sur ces différentes guerres est tout simplement remarquable. L'auteur s'est très bien documenté et nous retrace les différents conflits de manière claire et précise.
Quel est le point commun entre un baron de la drogue, un serial killer, et une enquête sur des crimes contre l'humanité en Croatie? Qu'est-ce qui lie tous les protagonistes? 

Des rebondissements où on ne s'y attend pas vont vous surprendre. Premier effet kiss-kool : une claque dans la tronche une première fois car là on se rend compte que l'auteur nous a bien entubé et baladé depuis le début. 
Et puis deuxième effet kiss-kool : la réalisation. Une des grosses interrogations vient de trouver sa réponse, on croit avoir deviné et on se dit mais non ce n'est pas possible ?!?!? 
Ne cherchez pas, je vous préviens vous ne pourrez jamais deviner le scénario de cette histoire à l'avance. Vous pourrez toujours tenter mais vous vous planterez. Jusqu'à la dernière page vous serez surpris et cerné par l'horreur à l'état brut. Vous passerez par un maelström d'émotions en lisant le Manufacturier, mais le plus souvent la colère et le dégoût l'emporteront. Mais chaque détail d'horreur à son importance dans l'histoire, rien n'est gratuit, tout à un but. 

Pas de longueurs, l'histoire passe d'une enquête à l'autre dans la fluidité parfaite d'un métronome. Enquêtes en tiroirs, multiples lieux (Le Havre, La causse de Mende, la Croatie..), pléthore de protagonistes nous sommes happés du début à la fin. Plus les différentes enquêtes avancent et plus le canevas des enquêtes parallèles se dessine et se précise. Ce bouquin est un putain de chef d'œuvre. Mais attention âmes sensibles s'abstenir car certaines scènes sont vraiment abominables. Mais c'est la touche de Mattias, l'horreur absolue, mais l'horreur qui existe ou qui a existé. Si on l'avait censuré, ce livre n'aurait pas eu le même impact je pense. Le pire de l'homme est décrit dans cette histoire. Je dirais même le pire DES hommes. 

C'est encore un énorme coup de cœur pour cette histoire que j'ai eu du mal à poser. Bon je me dis aussi que je dois avoir un problème pour avoir tant aimé une histoire aussi sordide ;-) ce doit être mon côté morbide.
Je peux dorénavant dire que Mattias Köping fait partie des grands et il me tarde maintenant de lire le suivant. D'ailleurs j'ai trouvé que la fin de ce livre était ouverte à une suite donc à voir! 
Par contre petit conseil, si vous n'aviez pas pu finir les Démoniaques car trop violent je vous déconseille de lire celui-ci car on passe à un niveau au-dessus dans le violent.




jeudi 1 novembre 2018

Heimaey de Ian Manook - Editions Albin Michel

*** Chronique by Aurélie ***
4ème de couverture
Quand Jacques Soulniz embarque sa fille Rebecca à la découverte de l'Islande, c'est pour renouer avec elle, pas avec son passé de routard. Mais dès leur arrivée à l'aéroport de Keflavik, la trop belle mécanique des retrouvailles s'enraye. Mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, étrange présence d'un homme dans leur sillage, et ce vieux coupé SAAB qui les file à travers déserts de cendre et champs de lave... jusqu'à la disparition de Rebecca. Il devient dès lors impossible pour Soulniz de ne pas plonger dans ses souvenirs, lorsque, en juin 1973, il débarquait avec une bande de copains sur l'île d'Heimaey, terre de feu au milieu de l'océan.

Un trip initiatique trop vite enterré, des passions oubliées qui déchaînent des rancœurs inattendues, et un flic passionné de folklore islandais aux prises avec la mafia lituanienne : après l'inoubliable Mongolie de sa trilogie Yeruldelgger et le Brésil moite et étouffant de Mato Grosso, Ian Manook, écrivain nomade, nous fait découvrir une Islande lumineuse, à rebours des clichés, qui rend plus noire encore la tension qu'en maître du suspense il y distille.


Mon avis
Je remercie les éditions Albin Michel pour cette lecture.

La mort de la mère de Rebecca a creusé un fossé de rancœurs et de douleurs entre père (Soulniz) et fille. Afin de renouer des liens avec sa fille, Soulniz décide d'entreprendre un voyage avec elle au cœur de l'Islande. Un pays qu'il avait découvert 40 ans auparavant, où il avait été volontaire pour aider à remettre de l'ordre dans le paysage. Soulniz avait été émerveillé par l'Islande avec ses différents endroits et ses différentes démonstrations de la nature d'une puissance hors norme. Cependant, tout ne se passera pas comme prévu... Soulniz retrouvera des mots sur son pare-brise, aura la sensation d'être épié,... et c'est sans compter sur Beckie et son caractère de rebelle. En une nuit tout basculera, Soulniz sera confronté à la disparition de Beckie. Qui a kidnappé Beckie ? Qui pourrait en vouloir à Soulniz ? Que s'est-il passé 40 ans auparavant ?
En parallèle, plusieurs incidents ont lieu comme le cadavre d'un homme retrouvé au milieu des solfatares, un bâteau qui coule et l'apparition de la mafia lituanienne au travers du personnage de Simonis. C'est Kornélius, Botty et Ida qui seront en charge de faire la lumière sur toutes ces affaires entremêlées.

"Heimaey" est un livre transcendant associé à une enquête à double tranchant qui ne fera que s'intensifier. Ian Manook prend son temps pour nous immerger dans son monde en distillant des petits détails insignifiants de prime abord mais qui prendront de l'importance en temps voulu, car rien n'est laissé au hasard. Ce livre est tout simplement génial tant par ses personnages haut en couleurs que par la beauté de l'Islande. Chaque personnage que ce soit Soulniz, Beckie, Simonis, Kornélius et Botty sont des personnages forts (fort en caractère mais aussi au niveau de l'intrigue). Sans ces personnages, l'histoire ne serait pas la même. Chacun écrit une page de l'histoire avec ses secrets. Aucun d'entre eux ne se ressemblent, ce qui en fait une force. Par exemple, j'adore les proverbes, j'ai donc beaucoup aimé les fameux proverbes de Simonis le lituanien.
"Si tu veux qu'on te prête, souffre qu'on t'emprunte" 
Un road-trip islandais de Keflavik à Heimaey qui ne vous laissera aucun répit car il y a toujours un rebondissement qui arrivera à point nommé pour relancer la machine. Ian Manook a l'art et la manière d'ouvrir plusieurs tiroirs en même temps sans qu'on prête forcément attention à tout. Mais ne vous y fiez pas, car si c'est écrit, c'est qu'il y a une raison et vous ne pourrez qu'être ébahi par tant d'ingéniosité.

Un polar qui met en lumière la beauté de l'Islande et qui vous fera voyager au travers de ses champs de lave, du Blue Lagoon, du pont des Continents et de la colère légendaire de Gunna au milieu des solfatares... Les descriptions sont tellement belles, réalistes, à couper le souffle ! Car moi aussi, j'ai voulu plonger dans un "hot-pot" alors que la température à l'extérieur était glaciale. Un roman vivifiant où je vous promets une ambiance glaciale avec des moments volcaniques !

Si comme moi, vous avez aimé Yeruldegger, détesté Mato Grosso (ma chronique ici), vous pouvez plonger les yeux fermés dans "Heimaey" car j'ai adoré ! J'ai retrouvé la "touch Manook" de Yeruldegger qui s'est encore bonifié ;) Un roman ou un diamant à l'état brut que je ne peux que vous conseiller ardemment !!

# By Aurélie :)