**** Chronique de Jess ****
Sur la N7, personne n'a fini de faire ses comptes
Il y a des romans qui vous embarquent dès la première page, et d'autres qui vous mettent la ceinture avant même le premier virage. Accident(s) appartient à la seconde catégorie.
Sophie Loubière choisit un décor que tout le monde connaît : les 996 kilomètres de la Nationale 7, entre Paris et Nice. La route des vacances, celle des embouteillages de l'été et des départs vers le Sud, devient ici un fil d'Ariane glaçant. On y roule avec Cécile Varennes, romancière de polar, dont le père est retrouvé mort dans sa voiture calcinée au fond d'un bois près de Nevers. L'enquête conclut à un accident, mais une valise cachée, remplie de coupures de presse sur des disparitions et des meurtres, raconte une tout autre histoire.
Le point de départ est brillant : une autrice de romans noirs qui, faute de pouvoir reprendre le volant, confie la conduite à Tristan, un ancien photoreporter reconverti dans la presse régionale. Ce duo improbable fait tout le sel du roman : elle écrit, il a déjà vu, et on devine que leurs passés ne demandent qu'à se télescoper. Les personnages de Sophie sont toujours très bien travaillés au point qu'on a l'impression de les connaitre.
Sophie Loubière réussit aussi à rendre l'intime aussi tendu que l'enquête. La mère et le petit frère de Cécile ont péri sur cette même route trente ans plus tôt, et on sent que chaque borne kilométrique remue autre chose que des indices. C'est là que l'autrice excelle : le suspense ne repose pas sur la mécanique, il vient des fêlures de ses personnages.
Mais son personnage principal sera finalement cette nationale.
Les secrets et les non-dits ponctuent également le roman. Sophie Loubière nous balade sur cette nationale pour au final nous mettre KO avec un final magistral.
Un polar qui donne envie de vérifier ses rétroviseurs, et qui fait de la Route bleue l'un des personnages les plus inquiétants de la rentrée. À lire, de préférence sans croire qu'un accident est toujours un accident.




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