vendredi 11 mars 2016

Ravensbrück mon amour de Stanislas Petroski

**** Chronique de Jess ****

4ème de couverture :

Gunther, jeune artiste allemand enrôlé de force au moment de la construction du camp de Ravensbrück, en devient l’illustrateur officiel, obligé de mettre son talent de dessinateur au service des autorités nazies

Rien n’échappe au crayon affûté du jeune homme : l’horreur des camps, les expériences médicales, les kommandos, les mœurs des officiers, la vie, la mort.

Dans ce roman noir, Stanislas Petrosky pénètre au cœur de Ravensbrück et en décrit implacablement chaque recoin, afin de ne jamais oublier.






J’aime énormément les livres qui traitent de la seconde guerre mondiale et des camps de concentration. J’en ai lu un paquet et je dois dire que celui-ci change des ouvrages sur le même thème. Ici nous n’avons pas la vision et le point de vue d’un juif, ou d’un déporté mais le point de vue d’un allemand, Gunther, enrôlé de force par ses parents dans le camp de Ravenbrück.

Ravenbrück est un camp de déportation de femmes (pas officiellement un camp de concentration ou d’extermination mais officieusement c’en était un).
Je ne m’étais jamais posée la question, à savoir comment les allemands, qui n’étaient pas pro Hitler avait perçu cette partie de l’histoire. Pour moi je mettais tout le monde dans le même panier : allemand = nazi. 
Je dois dire que ce livre a beaucoup changé ma vision des choses. Dans cet ouvrage, Gunther, jeune artiste, se retrouve donc dans ce camp. Il ne sait pas vraiment où se situer par rapport aux autres, il n’est pas un prisonnier, encore moins un soldat nazi, il refuse tout ce qui se passe autour de lui dans le camp, ce qu’on fait subir à ces pauvres femmes, mais il ne trouve pas le courage au fond de lui pour changer les choses.

Son talent est vite reconnu au sein des nazis et il va de ce fait se retrouver à être l’illustrateur du camp. Lui qui rêve de peindre de belles choses, de belles femmes, se retrouvent à dessiner les horreurs du camp et de ce qu’on fait subir aux déportées. Il va dessiner les lieux, les personnes, les cadavres, les horreurs que les médecins leur font subir. Âmes sensibles s’abstenir car certaines scènes sont assez insoutenables.
Il va faire en sorte de garder le maximum de dessins afin de pouvoir montrer au monde ce qui se passait réellement dans le camp.


Gunther va aussi connaître l’amour en la personne d’Edna, il va tout faire pour qu’elle ait une vie un peu moins dure dans le camp. Mais comment peut-il gagner la confiance d’une juive, lui l’allemand avec son uniforme de soldat ?

Mais quel livre ! Encore une fois je suis outrée de voir ce que la race humaine peut faire subir à ses semblables !
Stanislas Petrosky signe ici un premier roman qui vaut la peine d’être lu et qui mérite beaucoup de succès, car pour un non-historien de cette période on sent une recherche aboutie du sujet. On pourrait croire qu’il l’a vécu tellement les faits sont bien racontés et malheureusement ce n’est pas de la fiction mais la réalité et quelle réalité !

Un sujet qu’on ne doit jamais oublier pour éviter que cela se reproduise.




Extrait:

Je m'appelle Gunther Frazentich. Je suis un vieillard de soixante-dix-sept ans. Vieillard, parce que je suis rongé par un cancer qui va finir par m'emporter. Je me sens de plus en plus faible. Le médecin ne me répond pas lorsque je lui demande combien de temps il me reste à vivre, non pas qu'il ne possède pas la réponse, mais il ne veut pas me dire à quel point cette échéance est brève. Je ne suis pas si âgé, c'est juste la maladie qui a usé mon corps prématurément.
Mais avant de partir vers d'autres horizons, et puisque j'ai encore un peu de vie en moi et que ma mémoire ne me fait pas défaut, je veux vous raconter une histoire, la mienne. Je ne suis pas narcissique, non, c'est juste que j'ai envie de partir plus sereinement, plus léger, et j'ai surtout envie de vous remettre en mémoire ce qui s'est passé il n'y a pas si longtemps.

Je suis né le sept mai mille neuf cent dix-huit dans le petit village de Himmelpfort, non loin du superbe lac de Schwedtsee, en Allemagne. C'est là que j'ai passé mon enfance. C'est là que j'ai grandi, que je suis allé à l'école. A la grande déception de mes parents qui travaillaient à la ferme familiale, je n'ai jamais eu l'instinct agricole chevillé en moi comme eux l'ont eu chevillé au corps. Rien n'avait d'importance à leurs yeux, sauf les champs, le bétail, les saisons. Mon frère et moi étions nés pour prendre la relève. C'était notre destinée. Nous avaient-ils conçus uniquement dans ce but ? Je me suis souvent posé la question.
Très tôt, j'ai pris conscience que je n'étais pas fait pour vivre à la ferme. Je voulais être un «artiste». Dès que j'en avais l'occasion, je m'échappais de la maison et je courais jusqu'au bord du lac. J'y passais des heures à dessiner, assis devant l'eau changeante, tantôt grise, tantôt bleue, tantôt verte selon le temps. J'étais au paradis, une simple feuille posée sur un carton sur mes genoux, un morceau de fusain à la main.
J'avais commencé un jour, sur une même feuille, à suivre l'évolution d'un bourgeon, jusqu'à ce qu'il devienne une fleur. Mon grand-père avait vu ce dessin, il avait beaucoup aimé. Je lui avais donc montré d'autres esquisses puis tout ce que je dessinais au fur et à mesure de leur conception. Il me guidait, me conseillait. Il me faisait refaire chaque élément qui ne correspondait pas : un problème de perspective, une ombre mal placée... Non pas que mon aïeul fût un grand dessinateur, non, il avait juste un oeil aiguisé et ses conseils étaient judicieux. Parfois, il me glissait une pièce en douce de mes parents pour me permettre d'acheter un peu de matériel. Il était si fier de moi qu'il m'encourageait même devant mon père, ce qui était source de conflits, car mon géniteur voyait d'un très mauvais oeil ma passion pour le dessin qui me détournait des vraies valeurs de la campagne.


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