mercredi 11 octobre 2017

Entre deux mondes d'Olivier Norek - Editions Michel Lafon

****Chronique de Jess ****
Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l'attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu'il découvre, en revanche, c'est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n'ose mettre les pieds.
Un assassin va profiter de cette situation.
Dès le premier crime, Adam décide d'intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est flic, et que face à l'espoir qui s'amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.
Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu'elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d'ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.






Il y a des auteurs dont j'attends la sortie du dernier livre avec impatience au point d'arrêter ma lecture en cours pour vite le commencer. Olivier fait partie de ces auteurs. Il me tardait de lire ce qu'il nous avait concocté et comment il allait s'en sortir en laissant de côté son célèbre Victor Coste. Car il n'est pas facile pour un auteur de sortir de son personnage fétiche surtout quand les lecteurs y sont attachés comme j'ai pu l'être.
Et bien un de ses ingrédients principaux pour nous faire aimer ses livres ce sont ses personnages, tous plus humains les uns que les autres ou horribles au choix. Dans tous les cas les personnages ont toujours une place très importante et dans "Entre deux mondes" il ne déroge pas à la règle.
 
Deux flics, deux pays....
Olivier va mettre en avant deux flics bien différents mais en même temps assez semblables. Adam Sarkis, syrien, est capitaine de la police militaire syrienne mais aussi infiltré pour contrer le gouvernement en cours. Quand un jour son supérieur l'envoie dans un hangar plein à craquer de cadavres de traîtres et qu'il y voit un de ses complices, il va sentir le vent tourner et va décider de fuir son pays. Il va d'abord envoyer sa femme Nora et sa fille Maya. Mais malheureusement quand il va arriver dans la "jungle" de Calais elles n'y seront pas.
Il va par contre découvrir cet entre deux mondes qu'est la "jungle" et y rencontrer des amis (Ousmane le chef des soudanais et Kilani un jeune noir qu'il va sortir d'un très mauvais pas) mais aussi des ennemis. Il va aussi rencontrer Bastien, un flic de Calais fraichement débarqué dans le Nord pour raisons familiales.
Bastien va être témoin d'un accident qui va le mener lui aussi dans la "jungle". Il va demander à la BAC de lui montrer l'envers du décor. Il va revoir Adam et ils vont sympathiser quand des meurtres ont lieu dans le camp. Adam va devenir l'indic de Bastien mais il va aussi chercher qui peut être l'auteur des crimes qui est sa seule façon de ne pas sombrer suite à la disparition de sa famille. Et il va aussi demander de l'aide à Bastien.
Du réalisme à tout épreuve....
Le deuxième ingrédient qui fait la "Norek touch" c'est le réalisme de ses histoires. Olivier connaît son sujet, il se renseigne, il s'immerge, il sait de quoi il parle.
Encore une fois il pointe du doigt un problème de société et par la même occasion (excusez moi l'expression) nous met le nez dans la merde. Cette fois, il nous parle de la "jungle", le plus grand camp de réfugiés de France mais aussi le plus grand bidonville où la police ne met pas un pied. Ce camp qui est une ville dans la ville, dont les conditions de vie sont inacceptables.
Chacun à sa propre opinion sur l'arrivée des migrants en France. Certains n'en peuvent plus (les habitants de Calais, les routiers...) ce qui peut se comprendre et d'autres vont essayer de les aider (les divers organisations humanitaires).

Grâce à la qualité de ses personnages et des descriptions, Olivier a su nous immerger dans cette jungle. J'ai eu un peu l'impression d'y être, de voir toutes ses tentes et cabanes de fortune, ses boutiques des "Champs Elysées", de sentir la puanteur de la crasse, des poubelles, des toilettes publiques bouchées.
On ressent de l'empathie pour les personnages. On ne s'attache pas à un personnage mais à plusieurs. Adam dans sa quête pour retrouver sa famille, Kilani cet enfant qui n'a connu que des malheurs dans sa jeune vie, Bastien ce flic un peu naïf, Jade sa fille de 14 ans qui est bien mature pour son âge. Et d'autres encore mais si je continue ma chronique va devenir vraiment trop longue ;-)

Il n'y a pas vraiment d'enquête de police à proprement parler. Ce n'est pas le principal dans ce livre. Même si je dois avouer avoir été surprise à la fin. J'avais compris une partie mais il m'en manquait une autre. Je pense que j'étais plus embarquée dans le côté humain et noir de l'histoire plutôt que dans la quête du meurtrier.
J'avais peur en commençant ce livre d'être déçue en ne retrouvant pas Coste et bien je dois admettre que j'ai eu peur pour rien. Ce livre est bouleversant, il vous retourne les tripes. Dès le premier chapitre il vous déglingue. Surtout quand on est mère de famille et qu'on se met à la place d'une mère qui quitte son pays en guerre avec ses enfants et qu'il nous arrive le pire.
Olivier monte encore d'un cran dans la qualité de ses écrits. J'aime comment il voit le monde et comment il en dénonce les points faibles. Un livre à lire absolument mais attention vous n'en sortirez pas indemne. 

Détails sur le produit

  • Broché: 413 pages
  • Editeur : Michel Lafon (5 octobre 2017) que je remercie pour cette chronique.

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